Hélène FROMENT-JACQUET

Marseille le 13 novembre 2010
Des territoires aux espaces publics… une reconquête inlassable où la coopération versus la compétition introduit des interactions positives dans un « work perpétuellement in progress ».

Le travail de Guylaine Renaud ces dernières années avec notamment « les passeurs » et « le voyage des dix » nous transporte hors les « murs », même si la question des murs pour cette artiste véritablement nomade, n’a pas d’existence… ce serait un hors les « murs invisibles » !

C’est donc hors du « chez soi » confortable, là aussi le chez soi est bien ce entre-nous ô combien douillet, non seulement pour les spectateurs « je sais ce que je vais voir » et également pour les artistes, où le risque de se perdre frôle chaque instant, que nous sommes entraînés.

Cette prise de risque, risque de se perdre et de perdre son territoire, est non seulement assumée, mais est à fortiori investie comme outil de transformation où les territoires ne sont plus à marquer mais à habiter. Ces territoires deviennent des espaces, espaces publics puisque partagés en conscience., nous incitant à redécouvrir cette notion des espaces publics

Guylaine interroge par ses pratiques notre regard sur le territoire et vient construire avec et pour, une réalité où s’entremêlent la convivialité, la mémoire et le devenir…

Cette manière de se poser et d’amener les paroles vers une destination inconnue, car il s’agit bien d’un pluriel devenant certes singulier…, est unique et repose essentiellement sur les relations interpersonnelles créées puis sur la capacité de les mettre en mouvement à la manière des notes de musique s’agençant en une mélodie. Guylaine, de femme troubadour s’est glissée dans la peau du chef d’orchestre.

Par les co-créations que Guylaine met en œuvre en invitant dans un premier temps et en construisant au fur et à mesure des espaces de coopération artistique de plus en plus poussés, elle repousse les limites de son propre territoire et incite à aller voir ailleurs, à nous décentrer de notre propre regard.

Regard sur l’objet déplacé, vitrine/vélo/tableau/…, tout est matière de création, la décontextualisation est particulièrement riche puisqu’elle invite l’imaginaire et son corollaire, la création… j’aurai même envie de pluriel puisque ce sont les imaginaires, le sien et celui de l’artiste invité, voire les imaginaires en présence parmi les publics et bien sûr les créations !

Ce qui est très intéressant dans la démarche en œuvre de Guylaine, c’est de voir comment cela se joue, sa création se nourrit des principes de rencontres et de décalage (de l’objet, de soi, de la communauté, …) et vient nourrir l’autre, artiste ou public. Guylaine tire sa force de sa conviction dans ce qu’elle fait et de la grande cohérence de son approche, son intégrité d’artiste.